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La compétence au-delà de la différence

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Réunion à laquelle participent des personnes handicapées et des interprètes en langue des signes.
Plage tactile (afficheur braille) pour usage de l'ordinateur (déficience visuelle).
Personne communiquant avec un téléscripteur (ATS).

Documentation : Publications

Vol. 1 no. 2 - Juillet 1999

Déficience intellectuelle à l'aube de l'an 2000

Colloque portant sur l'évolution des services à l'aube de l'an 2000 organisé par l'Association de Montréal pour la déficience intellectuelle et le Regroupement de parents des personnes ayant une déficience intellectuelle de Montréal en mars 1999.

Allocution de madame Carolle Hamel
Conseillère à la formation et au développement de l'emploi
CAMO pour personnes handicapées

Distingués invités,

Chers amis,

Le Camo pour personnes handicapées a été fondé en 1993 et sa mission consiste à élaborer et à mettre en oeuvre des stratégies afin de favoriser l'intégration et le maintien en emploi ainsi que la mobilité professionnelle des personnes handicapées. Le Camo réunit l'ensemble des partenaires du marché du travail (mouvement associatif des personnes handicapées, associations d'employeurs, centrales syndicales, dispensateurs de services au plan de la réadaptation et de la main-d'oeuvre, ministères et agences gouvernementales). Il travaille également en collaboration avec les comités sectoriels de main-d'oeuvre en réalisant différents projets de formation sur mesure afin de favoriser le relèvement des compétences des personnes handicapées dans un contexte de formation professionnelle orientée vers l'insertion et le maintien en emploi.

Répondre dans l'espace de quelques minutes à des questions aussi fondamentales que celles proposées par le présent colloque relève de l'exploit acrobatique car la réalité est encore plus complexe. À vrai dire, il n'existe pas de réponses toutes faites ou stéréotypées et je n'ai pas d'expérience au Cirque du Soleil, j'aurais plutôt tendance à avoir le vertige.

Alors, abordons la chose autrement...

Nous pourrions plutôt dire que des réponses peuvent se construire en prenant "le beau risque" de la mise en commun de l'ensemble de points de vue qui ne sont pas toujours en harmonie mais qui sont tous aussi valables les uns que les autres. Pourquoi? Parce que, nous l'espérons toutes et tous, nos buts sont orientés vers une cible commune : la qualité de vie pour les personnes, qu'elles présentent ou non une déficience intellectuelle.

Mais ces bonnes intentions, ces objectifs, ces actions ne prennent un sens véritable que dans une volonté commune, dans une vision cohérente et dans la responsabilité partagée, ce que nous pourrions nommer le partenariat.

Là encore, le mot est lourd de conséquences mais la plus belle des images ne serait-elle pas la créativité qui en est le moteur et qui a le pouvoir de déplacer les montagnes? Alors, pourquoi ne tenter qu'une seule réponse aux questions qui nous sont proposées ce matin?

À priori, j'aurais envie de vous dire qu'il y a autant de livres de recettes que de personnes ici présentes dans cette salle. Alors pourquoi nous acharner à ne retenir qu'une seule recette, une seule façon d'imaginer le résultat de ce plat, une seule façon de faire les choses, une seule façon de cuire les aliments? Cela devient fade à la longue et l'on finirait par en perdre l'appétit.

Remonter

Que diriez-vous plutôt de nous inspirer de Daniel Pinard qui improvise, qui n'a pas peur de se tromper ni d'avoir l'air ridicule mais qui réussit à nous faire réaliser du kilométrage au plan culinaire avec son esprit d'ouverture et d'invention. Et puis, nous pouvons en prendre et en laisser et nous en venons même à croire en notre propre pouvoir inventif, pourquoi pas? Il sera toujours temps de revenir à la méthode Montignac quand le besoin se fera sentir...

Et si nous revenions à notre plat de résistance? Le principe à la base de l'autodétermination des personnes présentant une déficience intellectuelle pourrait, me semble-t-il, passer, entre autres, par l'autonomie financière. Ce principe s'appuie cependant sur le choix inaliénable des personnes et sur leur capacité réelle d'exercer ce choix, ce droit de choisir, avec leur créativité, leur bagage d'expériences et aussi un certain nombre de limites. Limites réelles et celles qui sont ancrées dans les mentalités et les stéréotypes.

Un statut d'employées salariées si les personnes souhaitent s'insérer à l'intérieur d'un parcours d'emploi constitue une avenue souhaitable. Ce statut doit s'appuyer sur le principe d'une rémunération basée sur la notion de revenu décent garanti avec compensation sous forme de subvention salariale à l'employeur pour la partie non compétitive de la personne salariée. Un ensemble de conditions et de mesures de soutien financier et professionnel feront partie des moyens pour faciliter l'insertion et le maintien en emploi. Il est important que ces mesures de support soient rattachées à la personne et la suivent là où elle est appelée à travailler et quand le besoin se manifeste.

La multiplication et la diversité des milieux de travail en milieu régulier ou adapté permettent sans doute de favoriser de façon optimale l'exercice du droit de choisir le milieu le mieux adapté aux besoins socio-économiques des personnes. Le travail doit toutefois demeurer valorisant et permettre aux personnes de se réaliser dans leurs rôles tant économiques que sociaux par le développement optimal de leurs compétences.

Le réseau Emploi-Québec soutenant les cinq axes de la Politique active du marché du travail est responsable de l'emploi, des programmes et mesures tout en permettant aux différents partenaires de la formation, de la main-d'oeuvre et de la réadaptation possédant l'expertise particulière en rapport avec la clientèle et ses besoins de prendre le relais dans notamment, l'évaluation des intérêts et des capacités de travail, l'orientation socioprofessionnelle, la formation préparatoire à l'emploi, le placement, le suivi, l'accompagnement, etc. Le parcours se veut individualisé et s'inscrit dans un processus de continuité afin d'en assurer la cohérence, donc la réussite.

L'emploi est la voie royale dans laquelle les personnes assument leur autonomie financière mais des passerelles sont souhaitables afin de tenir compte des situations particulières pouvant se présenter en cours de route et la souplesse permet de garantir aux personnes l'espace nécessaire de vivre dans le respect de leur dignité et de leur intégrité.

Par exemple, le test d'actifs prescrit dans la Loi de la sécurité du revenu constitue un obstacle important à la sécurité financière des personnes prestataires ou en parcours d'insertion. Sans abonder dans les mesures d'exception ni dans les privilèges, il serait sage d'examiner la possibilité de prévoir une sorte de "période de grâce", une approche graduée dans le temps afin de protéger les actifs en attendant que la personne ait atteint une certaine sécurité financière procurée par un emploi. À ce chapitre, la réflexion doit se poursuivre afin de dégager les pistes qui seront le moins pénalisantes pour les personnes. Il est utile de se rappeler que les situations de handicap entraînent des coûts additionnels à considérer dans l'établissement du budget personnel des dépenses et à ce titre, ce test des actifs est sans conteste très lourd de conséquences sur la qualité de vie des personnes présentant une déficience intellectuelle, notamment celles qui sont vieillissantes.

Remonter

La courte histoire du mouvement des personnes handicapées illustre que les situations de handicap entraînent une carence marquée au plan de la scolarisation, de la qualification professionnelle et représentent un facteur direct de chômage structurel pour les personnes handicapées.

Les interventions impliquant les différents partenaires du marché du travail s'orchestreront à plusieurs niveaux afin de contribuer à enrayer cette situation : les mesures actives du marché du travail, l'accessibilité de la formation, la reconnaissance du besoin de soutien technique et professionnel en tant que moyen pour adapter l'environnement, les programmes de formation, les postes de travail, etc.

À ce chapitre, le Camo pour personnes handicapées a réalisé un documentaire vidéo portant sur la formation professionnelle pour les personnes ayant des limitations motrices et sensorielles. Il prépare actuellement deux documentaires vidéo sur la formation professionnelle et les personnes présentant une déficience intellectuelle ; ces documentaires seront disponibles dès l'automne prochain.

L'ensemble de ces outils s'inscrit au-delà de la simple sensibilisation des milieux de la formation et de l'emploi. Des actions intensives d'information via des services faciles d'accès pour les employeurs permettront à ces derniers de connaître les mesures, ressources et programmes en plus d'être incités à les utiliser pour intégrer les personnes handicapées. Des personnes ressources habilités à orienter les personnes vers les ressources appropriées agiront comme relais dans les centres locaux d'emploi et ce, dans toutes les régions du Québec. Cette batterie de moyens générera des résultats concrets sans nécessairement avoir recours à la contrainte des obligations de résultats par législations.

La stratégie s'articulera autour de l'ensemble des partenaires agissant de concert autour d'un objectif commun dans une diversité de moyens dans l'atteinte de résultats satisfaisants pour l'ensemble. Chacun y trouvera ainsi son intérêt dans l'intérêt de toutes et de tous.

Ce matin, nous avons sorti quelques ingrédients afin de donner forme à ce projet que nous avons toutes et tous dans la tête et dans le coeur. Nous renforcerons nos points de convergences. Nous utiliserons nos points de divergences pour approfondir notre réflexion et trouver des avenues novatrices pour construire quelque chose qui prendra peut-être une autre forme que celle imaginée au point de départ. Nous nous enrichirons de nos expériences communes afin de bâtir une expertise plus grande et plus solide que celle que nous possédons déjà individuellement. La force du tout est sûrement plus grande que celle de la somme des parties.

N'est-ce pas le propre de la créativité de s'étonner d'avoir accompli de si belles et grandes choses malgré tout et même, malgré nous? Chers partenaires, n'est-ce pas ce que nous essayons de réaliser dans nos quotidiens respectifs avec nos proches, avec nos enfants, avec nos étudiants, avec nos clients, avec nos collègues? N'êtes-vous pas d'accord avec moi que notre force collective réside dans notre capacité collective de créer "les conditions gagnantes" de la pleine intégration à l'emploi des personnes handicapées, y compris celles qui présentent une déficience intellectuelle ?

Voilà l'essentiel du travail qui nous attend toutes et tous et j'aimerais vous laisser sur cette belle réflexion qui n'est pas de moi mais que je tente tous les jours de faire mienne de plus en plus et nôtre, je l'espère : "La force du loup, c'est la meute !"

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M. Pominville, journalier chez Geneka Biotechnologie.

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